LE MONDE Mai 2007

Les acheteurs étrangers boostent le marché
mai 2007

La France, paradis immobilier

Photo Le Monde

La France attire de nombreux touristes… et en retient de plus en plus. Selon une étude publiée récemment par le ministère du Logement, «la croissance entre 2000 et 2004 des achats de logements anciens en France est imputable principalement aux achats étrangers». Ceux-ci ont représenté 7 % du total des 640 000 ventes conclues en 2004 (hors Corse), qu’ils soient le fait d’étrangers résidant en France (2,6 %) ou de non-résidents (4,4 %). Ces transactions ont progressé de 66 % entre 2000 et 2004. Celles conclues par des citoyens britanniques ont triplé en quatre ans : ils représentent près de six acheteurs étrangers sur dix en France.

L’engouement des étrangers pour l’Hexagone n’est pas nouveau, mais il se renforce: l’association Notaires de France estime que les étrangers non-résidents ont acheté, en moyenne, 5 % des biens vendus en 2006. «Nous avons en ce moment beaucoup de demandes d’Australiens pour des petits deux pièces dans Paris, une ville qui les fait rêver, raconte François Bottala, de Flat Hunter®, agence parisienne de recherche d’appartements pour le compte de clients lointains. Ils recherchent une terrasse, une vue de “carte postale” et sont puissamment aidés par des prêts bancaires à des taux plus intéressants que chez eux, conjugués à un change favorable. » A Paris, toujours selon les notaires, les nonrésidents ont représenté 7,8 % des acheteurs en 2006, contre 5,2 % en 1996. Leurs quartiers de prédilection sont, sans grande surprise : Notre-Dame (38 % d’acquéreurs étrangers), les Champs-Elysées (28 %), Saint-Germain-des-Prés (22 %), les Invalides (21,3 %) ou le Marais (15,5 %).

Ces nouveaux propriétaires, aisés pour la plupart, ne viennent souvent que quelques jours par an à Paris. Le reste du temps, ils louent leur appartement meublé, à la semaine, à des touristes souvent de même nationalité qu’eux – un marché lucratif et en plein essor dans la capitale. Un couple anglo-français a, par exemple, acheté, par l’intermédiaire de Flat Hunter®, deux pièces au septième étage, dans le quartier de Beaubourg, pour 270000 euros, soit 9 000 euros le mètre carré, un prix nettement supérieur à la moyenne du quartier (7 000 euros), qui s’explique en partie par la présence d’une terrasse et par la superbe vue qu’on peut y admirer.

 

 

« Ils recherchent une terrasse, une vue de “carte postale”… »

 

François BOTTALLA, responsable de l’équipe de 15 chasseurs d’appartements chez Flat Hunter® à Paris

L’étude du ministère souligne que 20 % de ces acquéreurs sont des retraités et que 40 % sont issus des catégories les plus aisées : cadres, professions libérales, chefs d’entreprise… Pas étonnant que leur budget soit supérieur de 55 %, en moyenne, à celui des Français, ce qui pousse parfois les prix à la hausse, et pas seulement dans les villes. Les zones rurales ont la prédilection des Anglais. Ces derniers représentent 25 % des maisons vendues dans la Creuse. En Charente, 21 % des ventes sont conclues avec des étrangers, dont, là aussi, une très forte majorité d’Anglais.

L’aspect frontalier existe : les stations des Alpes sont très prisées des Suisses (18 % des acheteurs étrangers en Haute-Savoie), les Espagnols s’intéressent naturellement aux Pyrénées (9 % des transactions), les Italiens sont omniprésents sur la Côte d’Azur. On assiste depuis quelques années à la constitution de vraies «colonies» étrangères dans certaines régions. Dans l’arrière-pays varois, sur la commune de Nans-les-Bains, un promoteur hollandais a construit, il y a moins de dix ans, 45 villas, dans un lotissement fermé et sécurisé, toutes vendues à des compatriotes. «Les prix de vente, autour de 450 000 euros, étaient à l’époque supérieurs de 30 à 40 % à ceux du voisinage qui, peu à peu, les ont rattrapés», se souvient Antoine de Cremiers, directeur régional du pôle expertise du Crédit Foncier.

«On se sent écarté de cette enclave entièrement hollandaise, louée l’été à des Hollandais qui se font livrer toutes leurs provisions de Hollande, par camions», raconte Corinne Paris, responsable d’Adrets Immobilier, une des cinq agences locales de cette commune de 3500 habitants. Mais Nans attire aussi des Parisiens, des Lillois, des Belges et quelques Polonais qui animent son marché immobilier en achetant une maison de vacances ou leur futur domicile de retraité.

 

Isabelle REY-LEFEBRE