LCI Janvier 2014

Recherche, visite et conseil : le chasseur immobilier dans la peau de son client
janvier 2014

Entre un marché à flux tendu et le manque de temps des actifs, le recours à un chasseur immobilier s’est largement développé ces dernières années. MYTF1News a passé une journée avec l’un d’entre eux, l’occasion de plonger au coeur du métier et grappiller quelques conseils.

 

Une offre d’achat refusée deux jours auparavant et c’est l’heure pour Agnès de se remettre en selle. Arrivé au bureau à 10 heures en ce lundi pluvieux, ce chasseur immobilier « balaie » les nouvelles annonces. Un fichier professionnel, actualisé toutes les heures, lui permet de voir l’ensemble des annonces postées sur le net par les particuliers. Agnès vérifie aussi ce que les agences immobilières ont rentré dans le week-end. Dans sa ligne de mire : un deux-pièces d’au moins 30m2 dans le XVIIIe arrondissement de Paris pour 275.000 euros maximum, selon les critères de sa cliente, Eve, intermittente du spectacle d’une trentaine d’années. En tant que chasseur immobilier, son objectif est de « dénicher le bon produit au prix qui convient ». Rien à voir avec le métier d’agent immobilier : « Eux rentrent des biens en magasin et doivent les vendre, moi je me place du côté de l’acheteur et lui donne accès à l’intégralité du marché, estime cette femme de 48 ans. Mon but n’est pas de le faire acheter à tout prix, il m’arrive même parfois de déconseiller un achat. »

 

Des primo-accédants qui n’ont pas de gros moyens financiers

Agnès passe en revue les nouveaux produits avec François, à la tête de l’équipe de chasseurs francophones chez Flat Hunter depuis 10 ans, une société d’une quinzaine de chasseurs immobiliers à Paris. Ils discutent aussi du deuxième dossier dont pourrait hériter Agnès, un couple avec deux enfants à la recherche d’un trois-pièces dans Paris. Leur budget : 420.000 euros. « A ce prix-là, c’est impossible, assure Agnès. Vu leurs critères de superficie et de confort, ça ne colle pas. Mon rôle va être de les orienter vers des communes auxquelles ils n’ont pas pensé« . Les deux professionnels regardent quelques appartements en vente à Issy-les-Moulineaux. « Ce 88m2 avec vue dégagée sur Paris, c’est exactement ce qu’ils recherchent, commente François. Je connais le quartier, il y a une école et le métro pas loin. Mais je ne suis pas sûr qu’ils soient encore prêts. » Il y aura quelques visites à Paris, qui risquent de ne pas remplir tous les critères, avant de leur proposer de passer le périphérique.

A midi, direction la rue de Suez, dans le XVIIIe à Paris, où Agnès a rendez-vous pour une visite avec Eve. Généralement, la chasseuse immobilière visite seule une première fois, avant de livrer un compte-rendu à ses clients et d’aller voir avec eux les logements sélectionnés. Cette fois-là, Eve est venue dès la première visite. « Parmi nos clients, on a énormément de primo-accédants qui n’ont pas forcément de gros moyens financiers et font appel à nous faute de temps ou par peur de se tromper dans leur achat, explique Agnès. Evidemment on a aussi des clients avec 3 millions d’euros aux exigences très restrictives, mais ce ne sont pas la majorité. »

 

« Etre le premier à recevoir les alertes des agences immobilières, c’est comme ça qu’on trouve »

Pour autant, faire appel à un chasseur immobilier représente un coût : les honoraires chez Flat Hunter représentent entre 3 et 4 % du prix du bien acquis. A ce prix, la prestation comprend l’accompagnement du début à la fin de la recherche (qui peut durer jusqu’à neuf mois), l’enquête de voisinage et d’éventuels analyses techniques de l’immeuble, la mise en relation avec un architecte ou entrepreneur, celle avec un courtier ou un avocat fiscaliste si besoin est…

Cette après-midi-là, Agnès et Eve visitent un deux-pièces que le propriétaire rénove entièrement. Celui-ci ignore qu’un chasseur immobilier est présent. Exposition de l’appartement, montant des charges de l’immeuble, matériaux envisagés pour la rénovation : Agnès pose autant de questions qu’Eve et se met dans la peau de sa cliente. Du parquet flottant au sol ? « C’est un choix qui risque de coincer« , répondent simultanément les deux femmes.

 

« Ajuster ses critères de recherche au fur et à mesure des visites »

A la sortie de la visite, qui ne les a pas convaincues, les deux femmes passent par une agence immobilière qui a pignon sur rue dans le quartier de la Goutte d’or, au nord de la capitale. Agnès parle au nom de sa cliente, à tel point que l’agent immobilier demande à deux reprises qui est le futur acquéreur. C’est elle également qui donne sa carte et numéro de téléphone pour être jointe en cas d’annonce intéressante. Agnès tisse ainsi son réseau, essentiel pour acquérir une « qualité importante » du métier, « la réactivité ». « Etre le premier à recevoir les alertes des agences immobilières pour être le premier à visiter, c’est comme ça qu’on trouve« , confie Agnès.

Les deux femmes se quittent en espérant se revoir dès le lendemain pour d’autres visites. « Je vais reprendre les recherches en tenant compte de tout ça« , résume Agnès, qui ajuste ses critères de recherche au fur et à mesure des visites. Cette après-midi-là a permis de confirmer qu’un rez-de-chaussée, valable sur le papier, ne séduit jamais sa cliente, et que certaines rues, d’abord écartées de la recherche, peuvent finalement convenir. Des éléments dont il lui faudra tenir compte dans les nouvelles recherches.